Malades de longue durée: ces 7 chiffres montrent que la Belgique est le pays le plus touché d’Europe
Quand elle ne fait pas la chasse aux profiteurs, l'Arizona veut encourager les malades de longue durée à retourner dans leur entreprise. Ou a défaut, reprendre le chemin du marché du travail. Mais le gouvernement a-t-il bien conscience des maux - souvent psychiques - dont souffrent les travailleurs belges à l'arrêt? Et sait-il pourquoi ils semblent plus touchés que leurs voisins?

- Publié le 23-04-2025 à 16h00
- Mis à jour le 25-04-2025 à 16h24

“Nous voulons aider les personnes qui restent aujourd’hui sur la touche”, déclarait il y a quelques jours Frank Vandenbroucke (Vooruit). La tâche du ministre fédéral de la Santé (et de ses collègues) est immense, tant il y a du monde à faire remonter sur le terrain. En Belgique, environ 526.000 personnes sont aujourd’hui placées sous le régime de l’invalidité de l’Inami, c’est-à-dire en maladie depuis plus d’un an.
Avec son “accord de Pâques”, le gouvernement fédéral entend amplifier la direction prise durant la précédente législature; celle d’un accompagnement et d’un contrôle strict du retour au travail. Pour tendre vers son objectif d’un taux d’emploi de 80 % en 2029, l’Arizona veut “responsabiliser” tous les maillons de la chaîne. Les travailleurs, évidemment. Mais aussi les employeurs, les mutuelles et… les médecins. Aux premiers rangs desquels les généralistes. En attendant, revenons sur les causes du mal…
1 sur 14
Les 526.000 malades de longue durée cités plus haut ne concernent que les travailleurs salariés et indépendants. Les fonctionnaires ne sont pas comptabilisés. Mais, sans même tenir compte des agents de l’Etat, 7% de la population active belge, soit un actif sur 14, est donc en incapacité de travail sur le long terme. Un chiffre qui augmente plus fortement dans notre pays que dans tout autre pays européen.
60%
En Belgique, le phénomène a connu une augmentation de 60% en dix ans. C’est plus que partout ailleurs en Europe . Pourquoi la Belgique est-elle à ce point exposée? Les facteurs mis en avant - vieillissement de la population, féminisation du marché du travail, relèvement de l’âge de la retraite - jouent certainement un rôle. Mais ils ne sont pas spécifiques à la Belgique. D’autres responsabilités sont donc pointées actuellement: attitude des entreprises, “générosité” des médecins, diligence des mutualités…
9 milliards
D’ici 2029, les mesures de l’Arizona devraient soulager le budget belge de 308 millions d’euros. Mais on sera encore loin du compte, puisque le volume des allocations pour maladies de longue durée dépassant aujourd’hui les 9 milliards d’euros (il a doublé depuis 2014).
37%
Environ 37% des malades de longue durée le sont pour cause de troubles de la santé (dépression, burn-out , bore-out). Le nombre de burn-out a ainsi augmenté de 66 % entre 2018 et 2021. Un raz-de-marée qui n’est pas près de s’arrêter. “L’incertitude actuelle n’aide pas alors que le Covid a tout bouleversé en instaurant le travail hybride. Il y a plus de distance entre collègues et moins de discussions de couloir et de tasses de café qui font du bien pour nourrir notre âme, remarque Griet Deca, chief happiness et stress et burn out coach. Des entreprises ont été maladroites et parfois brutales dans leur exigence de retour au bureau, ce qui a été perçu comme un manque de confiance.”
Six à sept mois
“On a une super-loi sur le bien-être au travail en Belgique. Mais trop souvent c’est une checklist que les entreprises remplissent sans aider les gens de manière humaine ”, poursuit Griet Deca. Philippe Sterkens, chercheur à l’UGent renchérit: “Les entreprises devraient beaucoup plus investir dans les analyses de risques psychosociaux, pourtant obligatoires, mais qui généralement ne sont pas menées avec grand sérieux. Un burn-out, c’est une absence en moyenne de six à sept mois qui doit être financée par la sécurité sociale.” Un burn out coûte un pont à la société et un bras au travailleur malade.
45 ans et au-delà
Depuis 2016, les maladies de longue durée coûtent moins que les pensions, mais plus que le chômage. “Trop souvent”, écrivait Moustique fin 2022, “ces malades de longue durée sont des travailleurs épuisés par le système. Six invalides sur dix ont plus de 55 ans et 87 % de l’ensemble des invalides ont plus de 45 ans. Plus clairement encore, 43 % des plus de 55 ans - près d’un sur deux - sont en arrêt de travail maladie. Ils souffrent pour l’énorme majorité de troubles musculo-squelettiques et psychiques.”
600.000
Le nombre de malades de longue durée d'ici 2035. Soit 84.000 de plus qu'aujourd'hui à politique inchangée, écrivaient en 2023 les journaux de Mediahuis sur base des projections des Mutualités libres et des hypothèses du Bureau fédéral du Plan. Avant l'Arizona, donc...
